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RP-L’INTERVIEW DU MOIS : J.B. AUDOUSSET

Comment vous est venue l’idée de créér une association? Sachant qu’il existe déjà une association, pourquoi en avoir créé une autre?
Dans les premiers jours suivant le drame, il faut faire face à de nombreuses choses dont je/nous ne sommes pas préparés. Puis arrive, de façon plus ou moins rapide, le besoin de se rencontrer, de discuter et d’échanger avec les familles. La réunion du 2 juillet de présentation du pré-rapport du BEA a été un 1er moment d’échange entre les familles. Un forum internet (hébergé par la FENVAC) a aussi été crée afin que les familles puissent discuter entre-elles et se rencontrer si elles le souhaitaient ou par l’intermédiaire de familles qui avaient transmis leurs coordonnées.
 
A la mi-juillet, j’ai souhaité rencontrer d’autres familles qui vivent le même drame que moi et pour connaître leurs avis sur le déplacement sur site. Puis l’article du Figaro du 17 juillet a légèrement accéléré ma rencontre avec 3 autres familles. Nous nous sommes donc donné rendez- vous pour, avant tout, faire connaissance mais aussi parce que nous avions le même besoin et l’envie de nous rassembler dans une action collective.
 
Ainsi, lors de cette 1ère réunion entre familles du 23 juillet 2009, nous avons décidé de créer une association que nous avons souhaité appeler « Entraide et Solidarité AF 447 » car ce sont les premiers mots auxquels nous avons pensé. Pour nous, une association de victimes est avant tout une association qui permet de nous rencontrer, de nous entraider  et d’être solidaires dans ces moments difficiles. Lors de cette réunion, nous avons aussi décidé de tenir informées les familles de nos échanges et de leur proposer une date pour se réunir et créer ensemble l’association. Il a été important que l’association soit issue d’une démarche collective et non créée puis proposée.
 
Après cette 1ère réunion, nous nous sommes réunis à nouveau à 2 reprises et avec un nombre plus important de familles, avant la réunion du 12 septembre et la création de l’association.
 
Quand l’association a-t-elle été créée officiellement ?
L’association a été créée officiellement le 12 septembre avec une quarantaine de familles. Lors de cette assemblée générale constitutive, le « groupe préparatoire » qui s’était réuni durant l’été, a présenté notre démarche puis nous avons fait un tour de table afin que chacun puisse se présenter et s’exprimer. Puis nous avons présenté les statuts, ainsi que l’organisation de l’association et ses quatres commissions (Communication, mémoire, technique et juridique), avant d’élire les membres du CA, qui a lui-même élu le bureau. La démarche de création de l’association a été collective et démocratique.

Pour quels objectifs ?
Les objectifs de l’association « Entraide et Solidarité AF 447 » sont 

– Rassembler les familles des victimes de l’accident de l’avion AF 447 survenu le 1er juin 2009 vers 2h15 TUC,
– Apporter un soutien à ces familles,
– Contribuer à la recherche de la vérité sur les causes de l’accident et à la sanction des responsabilités éventuelles en justice.
– Aider à obtenir une juste indemnisation des préjudices subis.
– Aider à entretenir et perpétuer la mémoire de cet accident et des personnes disparues,
– Engager ou participer à toute action permettant l’amélioration de la sécurité du transport aérien,
– Contribuer à l’amélioration de la prise en charge et de l’accompagnement des familles de victimes.
 
Combien de familles sont-elles concernées?
Lors de l’assemblée générale constitutive, nous avons créer l’association avec une quarantaine de familles représentant une trentaine de passagers. Aujourd’hui, nous représentons les familles d’une cinquantaine de passagers. De plus, nous sommes en étroite collaboration avec l’association allemande regroupant les familles des 30 passagers allemands, ainsi qu’avec l’association brésilienne. Lors de la réunion du 12 septembre, nous avions invité et pu rencontrer Brigitte Crolow de l’association allemande, ainsi que Nelson Marhino de l’association brésilienne.
A l’heure actuelle, nous n’avons pas de contact avec l’autre association française mais il ne saurait y avoir ni concurrence et encore moins de polémiques.
 
Avez-vous des contacts avec Air France? Si oui, lesquels?
Depuis la création de l’association le 12 septembre, nous avons rencontré des responsables d’Air France à 2 reprises, afin de discuter et de prendre part à l’organisation du déplacement et de la cérémonie d’hommage aux proches qui aura lieu à Rio de Janeiro du 6 au 9 novembre 2009.
 Sinon, chaque famille a un contact personnel et particulier avec Air France, notamment par l’intermédiaire d’un référent qui suit plusieurs familles depuis le drame.
 
Etes vous affiliés à la FENVAC? Si oui quelle aide vous a-t-elle ou peut-elle vous apporter?
L’association est affiliée à la FENVAC. Depuis la 1ère réunion des familles du 23 juillet et encore actuellement, nous avons souhaité que Stephane Gicquel, secrétaire général de la FENVAC, nous accompagne dans notre démarche. En effet, il n’est pas facile de créer une association de familles de victimes, et Stéphane Gicquel nous a aidés, avec son expérience et ses conseils avisés.
 
A l’heure actuelle, il nous épaule dans toute les démarches administratives et logistiques et assure notamment le lien avec les avocats. Enfin, nous avons demandé l’agrément 2-15 du Code de procédure pénale afin de pouvoir, en tant qu’association, se porter partie civile et pouvoir mandater un avocat en son nom. Pour obtenir l’agrément, l’association doit être représentative des familles des victimes mais aussi être affiliée à la FENVAC.
 
Même question pour la FIVAA ?
L’association n’ a aucun contact ni affiliation avec la FIVAA. En revanche, nous avons pu rencontrer et nous sommes en contact avec M. Hans Ephraimson, président de l’Association Américaine des victimes d’accidents aériens.
 
Depuis la catastrophe, quel est votre sentiment sur l’enquête?  
Depuis le drame, j’ai eu la chance d’être très entouré par ma famille, mes amis, mes collègues de travail et ainsi pouvoir prendre du recul et de savoir, très vite, que l’enquête sera longue. De plus, après 4 mois et avec seulement 3 à 4 % des débris de l’avion retrouvés, je pense que l’on ne peut pas exiger des réponses que les enquêteurs n’ont pas à leur connaissance. En revanche, la 3ème phase est très importante afin que la carlingue de l’avion et au mieux les boites noires soient retrouvées pour permettre d’avoir plus d’éléments afin de connaitre la vérité.
 
Si je devais avoir une seule conviction à ce jour, c’est que même si nous ne retrouvons pas les boites noires, il sera possible d’établir les circonstances de l’accident.
 
Avez-vous assisté à la réunion avec les juges d’instruction? 
J’ai assisté à la réunion avec les juges d’instruction du 24 septembre car je me suis porté partie civile puisque seulement les familles s’étant portées partie civile ont pu assister à cette réunion. La réunion avec les juges d’instructions était importante car, sans minimiser l’enquête du BEA, qui est une enquête technique et administrative destinée à la prévention de futurs accidents, seule l’enquête judicaire permettra de connaître la vérité.
 
Si oui, qu’en avez vous tiré comme enseignements?
Lors de cette réunion, nous souhaitions nous assurer que tous les moyens possibles étaient engagés, notamment sur la poursuite des recherches en mer, ainsi qu’une présentation des 1ers éléments de l’enquête.
 
Dès le préambule de la réunion,  Mme. Sylvie Zimmerman a envoyé un message fort aux familles en nous disant « Nous saurons la vérité » et ceci quelles que soient les personnes physiques et/ou morales, que Mme. la juge aura à mettre en examen dans les cas où des fautes éventuelles auraient à être sanctionnées.
 
Ensuite, nous ont été présentés les 5 experts aux compétences variées, nommés par Mme. la juge, qui devront rendre un rapport pour le 31 mars 2010. Puis, le colonel Mulo, de la Gendarmerie du Transport Aérien, chargé de l’enquête par commission rogatoire, nous a présenté l’état actuel de l’enquête. Enfin, un moment d’échange et de questions a clôturé la réunion. De plus, la réunion a permis aussi, aux familles de se réunir et de pouvoir échanger à nouveau comme lors de la réunion du 12 septembre
 
Enfin, nous allons pouvoir mettre le temps d’attente de l’enquête à profit (et c’est ce que nous avons déjà eu l’occasion de faire) pour rencontrer différents experts. Ces experts rencontrés nous aideront à comprendre mais aussi à orienter, si besoin, les investigations en cours avec notamment la possibilité de faire des demandes d’actes circonstanciées et utiles auprès des juges d’instructions. Ainsi, le moment venu, nous pourrons poser des questions pertinentes, voire apporter la contradiction, quand seront rendues publiques les conclusions de l’enquête.
 
11) Que pensez vous de l’avis des deux pilotes paru dans le JDD dimanche à propos des sondes Pitot et des premières « conclusions » du BEA?
J’ai bien évidemment lu avec attention l’article sur le rapport de MM. Arnoux et Marnet-Cornus. Les différents points présentés et notamment celui sur les sondes pitots sont très importants et nous serons vigilants afin que l’hypothèse émise par ce rapport soit étudiée avec minutie par la justice. De plus, selon nous, il ne faut pas s’arrêter à un seul événement, une seule cause, un seul temps, mais cela doit être un point de départ pour questionner tout un système dans son ensemble. En conclusion, nous ne ferons aucune compromission sur la vérité.

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