Association AF447 - Entraide et solidarité

1er jour du procès | un membre de l’association qui a perdu son frère dans ce crash nous raconte sa journée

11h00 - nous arrivons au Tribunal de Clichy. Le quartier n’est pas très beau mais nous ne sommes pas là pour faire du tourisme, et le tribunal est plutôt spacieux et très lumineux. Nous commençons par nous enregistrer puis nous cherchons un endroit pour nous restaurer.

 

12h30 - pas le temps de sortir pour trouver quelque chose à manger, et d’ailleurs, nous nous apercevrons assez rapidement qu’il n’ y a pas beaucoup de restaurants autour du tribunal. Nous nous rabattons donc sur la cafétéria dans le tribunal, qui propose des sandwichs pas terribles. En tout cas, cela nous permet de prendre les forces dont nous aurons besoin l’après-midi.

 

13h30 - nous rentrons dans la salle du tribunal ; chaque partie sait ou elle doit se placer, les parties civiles sont sur les bancs situés en entrant, les avocats des parties civiles sont au milieu sur la partie gauche, les accusés leur font face sur la partie droite, au fond de la salle à gauche se trouve le procureur, au milieu le juge et ses assesseurs, et enfin au fond à droite on trouve les greffiers. La salle est bondée, certainement parce que c’est le premier jour. 

Je suis très impressionné car je vois la puissance de cette machine judiciaire (au sens noble du terme) se mettre en place au fur et à mesure que les différentes parties pénètrent dans la salle ; il est vrai que c’est la première fois que je rentre dans un tribunal.

Quelques minutes plus tard, un greffier (il me semble bien qu’il s’agit d’un greffier) rentre dans la salle et dit d’une voix tonitruante et ferme “mesdames et messieurs, la cour, veuillez vous lever” ; toute la salle se tait d’un seul coup et se lève, je suis envahi de frissons. 

 

14h00 (environ) - l’audience commence par l’exposé des faits et de ce qui est retenu contre Airbus et Air-France, puis se poursuit avec l’énoncé des noms de toutes les victimes ; je me dis à ce moment-là qu'Airbus n’a jamais entendu cette longue litanie jusqu’à présent, ce qui n’est pas le cas d’Air France puisque présent à chaque cérémonie. 

On nous diffuse ensuite sur écran la liste de toutes les parties civiles, que je n’arrive pas à lire car les écrans sont trop éloignés de moi.

 

-  interruption de séance -

 

15h00 (environ) - reprise de l’audience avec Anne Rigail, PDG de la compagnie aérienne Air France. Jusque là, on peut dire que tout se passait bien et dans le calme. Lorsqu’intervient Guillaume Faury, dirigeant du constructeur Airbus, la salle s’échauffe et fuse alors depuis les bancs des parties civiles des reproches à l’égard d’Airbus. Il faut dire que Guillaume Faury refuse les griefs qui sont retenus contre sa société et qu’il parle de chiffres comme quand on s’adresse à un groupe d’actionnaires ; son intervention était donc plutôt froide et décalée avec les attentes des parties civiles qui auraient préféré un peu plus de compassion et qu’Airbus prenne enfin  ses responsabilités. La juge décide alors de calmer les esprits en rappelant quelques règles de base à respecter pour le bon déroulement du procès.

Pendant que Guillaume Faury continue son intervention, ma voisine derrière moi peste en l’entendant de nouveau ; un policier à proximité lui dit que si elle continue, il va la faire sortir de la salle.

A la fin de cette audition très tendue vers 15h30, la juge prononce brutalement l’arrêt de la séance  et sa reprise au lendemain matin.

 

A l’issue de cette première journée, je suis totalement déboussolé car alors que je me suis battu pour obtenir ce procès pendant presque 13 années, je ne perçois pas cette journée comme étant l'aboutissement de ce très  long processus. Je suis rempli de doutes et je me demande même si j’ai vraiment ma place dans ce procès.

Le lendemain matin de très bonne heure après une nuit agitée, je me remémore cette journée et je fonds en larmes ; je comprends que je réalise à ce moment-là l'importance de l'événement qui vient de commencer…

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